Un robot très sélectif : reconnaissance vocale et nouvel esprit du capitalisme ?

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Un des aspects les plus contraignants de mon métier consiste à retranscrire des dizaines d’heures d’entretiens réalisées dans le cadre de mes enquêtes sociologiques de terrain. Pour me simplifier la tâche, j’ai récemment décidé d’investir dans un logiciel de reconnaissance vocale, dont je ne citerai pas la marque, bien connue des amateurs de cette technologie. Il faut dire que les systèmes de reconnaissance vocale se développent à vitesse accélérée, et qu’ils concerneront sous peu tout un ensemble d’activités plus ou moins ordinaires, nous « délivrant » de la nécessité d’écrire (il faudrait au demeurant réfléchir aux conséquences psycho-cognitives et sociales de ce passage de l’écrit au vocal, qui fait suite au passage de l’oral à l’écrit jadis décrit et analysé par Jack Goody). Après avoir accoutumé le logiciel à mon débit vocal, à mon phrasé et à mes intonations – en devant lire des extraits de textes du Tour du Monde en 80 jours, allez savoir pourquoi ?! -, j’ai commencé d’utiliser la « chose ». Si je ne suis pas certain de gagner un temps significatif, j’apprécie toutefois de ne plus être absolument rivé à mon bureau et de ne plus être asservi au clavier de l’ordinateur qui m’impose des positions peu ergonomiques qui finissent par être pénibles. Mais j’ai toutefois noté que mon rapport au texte se modifiait : d’une part, j’adopte un débit qui tient compte, intuitivement, de ce que j’imagine être les limites « physiologiques » de la machine, un peu comme on fait lorsqu’on lit une dictée à un enfant de l’école primaire, en prenant son temps et en sur-articulant la prononciation des mots. D’une certaine manière, je me mets à la place de la machine, j’éprouve une sorte de confusion à la pousser dans ses retranchements, de gêne à lui manquer d’égards. Ce rapport presque empathique à une ontologie autre, fut-ce un robot vocal grand public et sans aucune apparence humanoïde, ne manque pas de me surprendre le premier. Mais plusieurs travaux, dont ceux d’Emmanuel Grimaud, ont montré comment on avait là une composante forte de la relation homme-machine. D’autre part, si je suis fréquemment stupéfait des compétences de ce logiciel, c’est moins parce qu’il se montre infaillible que parce que ses zones d’erreurs et de réussite sont parfois franchement inattendues et me semblent témoigner d’un forme d’orientation idéologique manifeste. Si certains vocabulaires ou tournures grammaticales simples lui échappent complètement, son tropisme anglophile est assez évident, au moins sur le plan linguistique : ainsi, Suzie devient automatiquement Suzy, pour prendre un exemple. De même, il est impossible d’écrire le nom d’Oussama Ben Laden autrement que sous l’intitulé Oussama Bin Laden.  Mais cet exemple resterait anecdotique si je n’avais constaté que, alors qu’il est incapable d’orthographier convenablement Léo Ferré (qui devient Léo Ferrée) ou Mikhaïl Gorbatchev (qui devient l’étrange Mireille Gorbatchev, dont on n’ose croire qu’il s’agit d’un hybride entre la très droitisante Mireille Mathieu et l’ancien président de l’URSS), il parvient sans difficulté à orthographier  Sony, Hitachi, Rhône-Poulenc, Michael Jackson,  et toute une série de  patronymes  dont je n’imaginais même pas que ce logiciel les connaissait si parfaitement.  De là à penser que ce type de programme est un relais actif et efficace du capitalisme industriel et médiatique contemporain, il n’y a qu’un pas… que je ne franchirai pas, depuis que j’ai découvert, poussant un peu plus loin l’expérience que le  footballeur métrosexuel David Beckam  devenait « DG réclame » lorsque je le prononçais en anglais, et « David bécanes » avec une prononciation à la française. Le rappeur américain Eminem , régulièrement accusé d’homophobie (http://www.lefigaro.fr/musique/2014/02/10/03006-20140210ARTFIG00181-moby-eminem-est-homophobe-et-misogyne.php), devient ironiquement « Et minet », tandis qu’Elton John (au demeurant auteur du très oubliable « I am your robot »)  demeure Elton John, quelle que soit la langue dans laquelle son nom est prononcé.

Depuis lors, frappé d’un curieux esprit animiste – je relis Pierre Clastres faut-il dire -, je traite avec beaucoup d’égards ce logiciel capable de faire et défaire les patronymes et les réputations en un tour de main, ou plutôt d’incorrection orthographique… Il y a quelque magie dans ce logiciel de reconnaissance vocale, me semble-t-il, et de là à penser que la machine est le nouveau siège de quelques esprits farceur ou vengeur…

NB : j’attire au passage l’attention des lecteurs sur les très belles pages que Pierre Clastres consacre, dans La société contre l’Etat, à la technique. Elles méritent d’être lues ou relues, car on découvre là une pensée très fine sur différentes conceptions du progrès, du capitalisme et du surplus, sur l’ajustement réussi de la technique aux besoins…

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Hitchbot, nouveau maître du suspens ?

Après avoir traversé le Canada d’Est en Ouest, Hitchbot, le robot auto-stoppeur, s’apprête à effectuer une traversée de l’Allemagne à partir du 13 février prochain. Le caractère inédit de l’expérience tient évidemment moins au type d’interaction suscité – prendre un charge un auto-stoppeur, ce qui reste en soi plutôt banal – qu’à la nature même des ontologies mises en présence. Il est en effet plutôt inattendu de croiser un tel passager, à la fois concentré de technologie et artefact au design « bon enfant », affublé de jambes et de bras semblables à ces boudins flottants utilisés par les enfants dans les piscines, chaussé de bottes plastiques jaunes, et arborant un sourire lumineux « rouge diodes ».  Selon les concepteurs de Hitchbot, cette expérience devait permettre d’analyser la manière dont les humains se comportent à l’égard des robots, la façon dont ils les considèrent et les traitent.

En effet, tandis que nous nous préoccupons essentiellement de savoir ce que les robots font aux humains, la question de savoir ce que les humains font aux robots réintroduisait un principe anthropologique de symétrie dans la relation entre ces deux types d’entités, et si l’on peut dire, le type de regard que l’un porte sur l’autre. Un tel travail a déjà été mené, par exemple au musée du Quai Branly où déambule un robot spectateur (http://www.quaibranly.fr/fr/enseignement/la-recherche/projet-le-robot-berenson.html), mais dans le cas du robot auto-stoppeur, le dispositif est sensiblement différent puisqu’on quitte l’espace institutionnel – qui n’est pas sans lien avec l’habitus spectatoriel – pour un autre type d’espace qui met en jeu un modèle de relations sociales également codifiées mais  différentes de celles qui sont généralement attendues à l’intérieur d’un musée. Une sociologie de l’auto-stop s’intéresserait avant tout à la façon dont l’auto-stoppeur inspire ou non confiance et maximise ses chances d’être pris en charge, à la présentation de soi à bord du véhicule, aux thèmes et sujets abordés ou évités, aux tactiques de reconnaissance réciproque entre le conducteur et son passager, etc. Or, dans le cas de Hitchbot, plusieurs questions sont posées : d’une part, tendons-nous à anthropomorphiser la machine, à lui prêter des émotions, des compétences, des capacités ? D’autre part, déployons-nous des règles sociales particulières dans ce type d’interaction, telles par exemple que l’usage de la politesse, ou faisons-nous preuve de considérations relevant de l’éthique ou du souci d’autrui, par exemple en prenant soin d’installer le robot dans une position jugée confortable ou sécurisante ou d’aller plus loin que prévu pour le déposer à un endroit où nous pensons qu’il aura plus de chance d’être recueilli ? Egalement, accordons-nous plus de confiance à la machine qu’à l’humain lorsque nous prenons la décision de la faire monter dans notre véhicule ? Et à partir de quels critères ? Enfin, comme le faisait remarquer un commentateur sur un blog, est-il impossible qu’un individu ait songé à démonter le robot pour le revendre en pièces détachées, ou pour le dire autrement, ne reconnaisse pas le robot comme une altérité certes dissemblable mais méritant d’être prise en considération pour des raisons qui ne seraient pas qu’utilitaristes ?

Cet ensemble de questions sont très bien résumées dans les observations qu’Emmanuel Grimaud a pu poser à partir de la fréquentation de robots humanoïdes, même si la question de l’acceptabilité sociale – voire affective – du robot ne semble pas devoir se réduire à sa qualité imitative humanoïde :

« Ce jeu d’excitation métaphysique se pratique depuis fort longtemps : face à une créature qui n’est pas vivante, on stimule nos mécanismes de croyance et d’attribution en cherchant à ramener l’objet qu’on a en face de nous à quelque chose de connu ou de familier. Face à un robot à forme humaine, on a tendance à projeter des caractéristiques anthropomorphiques, comme si on avait à faire à un être humain; cette capacité est très ancrée dans le cerveau. On peut être déçu dans un premier temps lorsqu’on se rend compte qu’il s’agit d’une machine, puis deux minutes plus tard, il suffit qu’elle vous regarde soudain dans les yeux ou bouge un doigt de manière réaliste, pour que la confusion s’installe à nouveau. Les humanoïdes sont revenus en force dans les années 80. Les roboticiens se sont aperçus que pour qu’un robot soit socialement acceptable; il fallait qu’il se comporte autant que possible de façon anthropomorphique. Les roboticiens japonais sont persuadés que la ressemblance humaine facilite les interactions sociales et ils en jouent » (http://ecrans.liberation.fr/ecrans/2013/04/02/pour-les-japonais-l-humanoide-facilite-les-interactions-sociales_953606)

En attendant d’en savoir plus sur les résultats tirés de cette expérience par les concepteurs de Hitchbot, je propose aux lecteurs de méditer sur ce qui se passerait si Hitchbot devait être pris en stop par une Google Car sans conducteur : Hitchobot s’emparerait-il du volant pour détourner le véhicule de son trajet initial ou prendre à son tour en stop un humain ? On le voit, le potentiel fictionnel de cette expérience n’est pas sans intérêt !

ON N’ARRÊTE PAS LE PROGRÈS – HitchBot, le robot auto-stoppeur qui a traversé le Canada (http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/08/22/on-narrete-pas-le-progres-hitchbot-le-robot-auto-stoppeur-qui-a-traverse-le-canada/)

HitchBot, ce drôle d'auto-stoppeur sur les routes canadiennes. (Reuters/Paul Darrow)

Des automobilistes canadiens ont croisé pendant l’été un drôle d’auto-stoppeur. Des bras et des jambes en frites de piscine en mousse, des bottes jaunes en caoutchouc, un siège rehausseur avec un pied télescopique pour regarder les voitures passer (ou s’arrêter)… HitchBot n’est pas passé inaperçu. Ce robot conçu par l’université Ryerson de Toronto a eu pour mission de rallier Victoria, la capitale de la Colombie Britannique dans l’extrême ouest du Canada, depuis Halifax, ville côtière et capitale de la province de Nouvelle-Ecosse, à l’est.

Trajet de HitchBot à travers le Canada (Hitchbot.me).

Pourquoi cette étrange mission ? « Nous sommes généralement intéressés de savoir si nous pouvons faire confiance aux robots [dans notre vie quotidienne]. Mais est-ce que les robots peuvent faire confiance aux humains ? », s’est interrogée Frauke Zeller, cocréatrice de HitchBot. Des chercheurs de plusieurs disciplines, de l’ingénierie mécanique aux sciences humaines en passant par la programmation informatique, ont donc tenté l’expérience pour étudier les réactions des automobilistes face à ce robot pouvant parler – et tester quelques nouvelles technologies au passage.

Très vite, HitchBot est devenu une véritable célébrité au Canada et les automobilistes n’ont pas manqué pour l’avancer de quelques bornes – ou bien de près de 1 000 kilomètres pour l’un d’entre eux. Avec à la clé de multiples photos souvenirs qui ont émergé sur les réseaux sociaux.

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Après plusieurs milliers de kilomètres parcourus et peut-être autant de rencontres, HitchBot est arrivé jeudi 21 août à destination. Les chercheurs vont désormais analyser les données collectées tout au long du périple pour livrer les dessous d’une « relation avec la technologie et les robots (…) comme les notions de sécurité et de confiance », selon Frauke Zeller.

Ni robot, ni humain : l’hologramme

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From Star Trek To Tupac: How Holograms Are Changing Communication

From Star Trek To Tupac: How Holograms Are Changing Communication

From special effects in the entertainment industry to teleconferences in the business world, holograms and advanced displays are changing what’s possible with today’s communications. No longer confined to the mere video or voice call, we can project our likenesses around the world and ‘be’ present in important situations, duplicate our image for fantastical representations…and even ‘bring back’ personalities from the dead.

One of the more popular examples of hologram technology is pure science fiction: the Holodeck from Star Trek: The Next Generation. Once inside, users could ‘program’ the space to virtually recreate any environment or situation with lifelike accuracy. While we don’t have this advanced setup yet (and probably not for a few more generations) we are beginning to see the initial steps from the realms of sci-fi into reality. The Holodeck paints a futuristic picture of the possibilities associated with tele-immersion. But how do we create holograms in the real world and not with movie studio special effects?

Holograms are essentially recorded moving images that are etched into a medium with lasers split by mirrors, then projected onto a special transparent film angled such that it appears to the audience that the image is floating on its own, and creating the effect of a person standing in front of them.

Imagine calling a distant colleague to work on a shared project; in a few years, rather than getting them on the phone and only communicating verbally, you both may have each other’s workspace projected in front of you as if you were in the same room together. This near life-like interaction would be achieved with technology being perfected today. Below are a few examples that demonstrate how holographic technology is poised to disrupt communication in nearly every industry.

Even if you didn’t tune into the Super Bowl you probably heard about Beyonce’s visually stunning performance, in no small part due to the advanced displays around her. While not a true hologram, the LED floor did create a 3D virtual environment (first on the floor, then as a wall) that responded to her performance and added yet another layer of visual entertainment to an already saturated experience.

You can bet that technology like this will be increasingly common for live events. Take for example, Hatsune, a pop star in Japan, who, like Beyonce, sells out arenas on a regular basis. But a major difference between Beyonce and Hatsune? Hatsune isn’t real- she’s a holographic pop star created by a media group in Japan. She eventually became so popular that the group decided to take her on tour- if people will pay money to see a fabricated cartoon character perform ‘live,’ why not create a more realistic experience with a holographic show? Take for example, stage performances like Sesame Street Live! where actors dress in plush costumes- why not use a hologram instead?

Perhaps the day will soon come when artists won’t need to travel at all, in favor of a holographic avatar being projected on stages across the world while they perform in the comfort of their own studio. After the initial cost of installing special screens at performance venues, this could reduce the environmental impact of touring and give audiences a much more dazzling experience for less money…minus the opportunity to get an autograph–or maybe not.

Holographic technology is changing our ability to telecommute from anywhere, so we don’t have to miss out on all the great water cooler gossip. Who hasn’t wanted to work from the comfort of their couch without sacrificing quality and efficiency? If your colleagues were holograms (in their own homes, presumably) and you could turn any surface into a collaborative workspace, you really could work from anywhere. Experts predict that within 15 years this may be possible, and indeed we’re already seeing the beginning. At a recent conference in Turkey, Intel’s General Manager Cigdem Ertem gave her presentation as a hologram, eliminating the distance between her and the audience.

When busy executives don’t have time to travel, or need to be in two places at once, the ability to project their presence anywhere has an invaluable impact. Once a common technology and transmission standards are developed (like with the telephone system), it won’t be long until time, distance and expense will no longer be factors in ‘being’ present for important business functions.

The use of holograms also cuts travel, logistical, and security expenses- imagine how the Presidential campaign trail could be made safer if holograms, not the actual candidates, made their way across the nation!

Another logistical issue being solved with the use of holograms is a project from researchers at the University of South California, who are using holograms to preserve the history of Holocaust survivors. Because these few survivors are old and scattered across the world, the project would be nearly impossible from a logistics standpoint, but holographically recording their stories for future generations will help preserve their unique and valuable perspectives for the ages.

Having the likeness of an actual Holocaust survivor tell you about their experience is by far a more powerful way to learn about that terrible period in history than reading about it in a book. And at the rate that languages, species and environments are disappearing, capturing them as holograms may be the only way for future generations to enjoy the richness of early 21st century Earth.

As holography like this develops, it could revolutionize not only how we do business, but how we communicate with each other. Doctors could see patients across the world, mentors could guide students at home, and, like in Star Trek, we could all be instantly ‘transported’ to anywhere in the world without leaving the comfort of our homes.