Ouuuuu ! Ouuuuu ! Sympathy for the robots

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Où il est démontré que l’homme n’est pas nécessairement un loup pour le robot ! Entre le Paul Ricoeur de Soi-même comme un autre (Seuil, 1990) et la théorie honnethienne de la lutte pour la reconnaissance, quelle place accorder à l’empathie éprouvée par les humains à l’égard des robots, l’empathie étant entendu comme processus par lequel les individus se comprennent, en d’autres termes, « processus qui nous permet de nous transférer dans un vécu psychique étranger sur la base des signes qu’autrui donne à saisir » (Michel Dupuis, « L’empathie comme outil herméneutique du soi », Etudes Ricoeuriennes, Vol. 1, N° 1, 2010, pp. 9-20) ? C’est cette question, qui touche à la fois à la place du robot dans l’herméneutique de soi mais également et symétriquement à la capacité du robot de reconnaître et s’ajuster à nos émotions – nous concevons aujourd’hui les robots comme ces êtres qui nous émeuvent parce qu’ils s’émeuvent de nos émotions – qu’abordent les deux documents ci-dessous…

EMPATHIE. La série Real Humans, diffusée actuellement sur Arte, nous donne la vision d’un monde dans lequel les humains tissent des liens affectifs étroits avec des robots humanoïdes. Mais ces relations d’amitié, d’amour ou de haine sont-elles dues au fait que les machines présentées dans cette fiction ont une apparence si proche de l’homme qu’on peut parfois s’y tromper ?

Non. Une étude conduite par l’université de Duisbourg et Essen (Allemagne) vient de montrer que les humains peuvent ressentir de l’empathie pour un robot dont l’apparence n’a rien d’humain.

Pour cela, les chercheurs (dont l’objectif est d’étudier les interactions entre les humains et les robots) ont conduit deux études. Dans la première, ils ont projeté à 40 participants plusieurs vidéos d’un petit dinosaure robotisé : ce dernier y était soit traité affectueusement, soit martyrisé.

La séquence vidéo du dinosaure robot « violenté » par l’expérimentateur, présentée durant l’expérience.

Interrogés à l’issue de la diffusion, les spectateurs ont rapporté avoir été plus affectés par la vidéo montrant le dinosaure robotisé passer un sale quart d’heure. De plus, les chercheurs ont noté un niveau d’attention plus important chez les spectateurs durant le visionnage de la séquence « violente ».

Et pour cause : même en sachant qu’il s’agit d’un jouet qui ne ressent aucune douleur, on ne peut s’empêcher d’être mal à l’aise en entendant les cris déchirants de l’animal et les rires des « bourreaux » dans cette autre vidéo (attention, les « expérimentateurs » qui s’y trouvent ne sont pas les chercheurs à l’origine des travaux présentés ici) :

Dans cette vidéo, des expérimentateurs testent les réactions d’un robot jouet (conçu pour réagir à la voix et au toucher) lorsqu’il est maltraité. Au moment ou nous écrivons ces lignes, cette séquence compte plus de 700 commentaires qui, pour une bonne partie, s’insurgent contre les mauvais traitements infligés à « l’animal » !

HUMAIN. Mais cette empathie est-elle semblable à celle que l’on ressentirait à la vision d’un humain subissant le même traitement ? Pour le savoir, l’équipe a proposé à 14 patients de visionner de nouvelles séquences vidéo. Durant la projection, leur activité cérébrale était enregistrée en temps réel au moyen d’une IRM fonctionnelle.

Les mêmes régions cérébrales sont activées à la vision d’un robot ou d’un humain martyrisé

Sur les vidéos, on voyait soit un robot (le même dinosaure jouet), soit un être humain, soit un objet (une boîte) traités avec affection (caresses, massages, câlins…) ou avec violence. Dans cette seconde vidéo, la femme, une actrice, faisait alors semblant de souffrir et de se débattre.

IRM. Les chercheurs ont constaté que les structures limbiques du cerveau (hippocampe, amygdale, hypothalamus…) s’activaient lors de la projection des vidéos « tendres » ou « violentes » du dinosaure comme lors de celle du sujet humain. Or, ces régions cérébrales ne s’activent que lorsque nous ressentons des émotions.

L’expérience laisse donc à penser que les sujets de l’expérience ressentiraient une empathie à la vue d’un robot dinosaure martyrisé, de même nature que celles qu’ils ressentiraient en voyant un humain subissant le même traitement.

Toutefois, les chercheurs ont remarqué une différence d’intensité dans le stimulus consécutif à la séquence « violente ». La maltraitance simulée du sujet humain affecterait plus les spectateurs que la vision d’un jouet maltraité par un expérimentateur… Ouf, l’humanité n’est pas encore perdue.

Erwan Lecomte, Sciences et Avenir, 29/04/13 (http://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/20130429.OBS7522/l-insupportable-vision-d-un-robot-torture.html)

Le robot : bientôt plus sociable que l’homme ?

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Nous avons tous cet ami : celui qui nous tapote sur le dos avec empathie quand nous nous sentons déprimés, ou qui partage notre enthousiasme quand on déborde de joie. Ils partagent nos froncements de sourcils quand nous avons été lésés d’une quelconque manière, pour dire “je suis aussi passé par là » quand nous confessons nos soucis. Les psychologues savent depuis longtemps que ce genre d’empathie est une construction sociale importante pour l’établissement de relations et maintenant, les chercheurs testent si elle peut nous rapprocher aussi des robots.

Dans une étude présentée le mois dernier lors de la Conférence internationale de l’IEEE sur les robots et les systèmes intelligents, Barbara Gonsior de L’université technique de Munich a examiné si les effets de miroir émotionnel peuvent être étendus à nos futurs partenaires robots.

Dans la vidéo ci-dessous, la tête de robot Eddie demande à une personne, « Comment vas-tu ? » Puis, peu importe la réponse humaine, Eddie répond : « Moi aussi! » C’est une phrase puissante qui, lors d’une première rencontre, fait très bonne impression. Eddie, contrôlé par un chercheur caché derrière la scène, joue alors un jeu tout en adaptant sa voix et ses émotions faciales à celles de l’utilisateur.

Après l’interaction, le robot demande à l’humain d’étiqueter des images, autant qu’ils le voudraient. C’est une tâche ennuyeuse qui pouvait être abandonnée à tout moment. Les résultats ont montré que les participants ont étiqueté 65 % de photos en plus lorsque le robot adaptait son humeur (faciale) à celle de l’humain que quand il ne le faisait pas.

Certains pourraient appeler cela contraire à l’éthique pour un robot de « prétendre » avoir les mêmes émotions qu’un être humain. Si le robot n’a pas réellement d’émotions, est-ce un “mensonge” quand il dit « moi aussi ? » Est-ce une sorte de manipulation sociale ? Mais d’un autre côté, qu’importe ? Qui voudrait d’un robot morose quand vous êtes de bonne humeur, ou inconsciemment heureux quand vous êtes triste ? Un minimum d’empathie est important dans notre société et cette étude suggère que les robots qui s’adaptent à nos humeurs auront réellement un avantage social.

L’étude de Barbara Gonsior, Stefan Sosnowski, Malte Buß, Dirk Wollherr et Kolja Kuhnlenz de l’université technique de Munich en PDF ici : An Emotional Adaption Approach to increase Helpfulness towards a Robot qui a été présenté à la Conférence 2012 de l’ IEEE International sur les robots et les systèmes intelligents à Vilamoura, Portugal.

http://www.gurumed.org/2012/11/15/le-robot-bientt-plus-sociable-que-lhomme-vido/

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