Aucun robot jamais n’égalera Bernard Pruvost !

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(Photo Aimée Thirion)

A lire l’article ci-dessous, publié dans les Inrockuptibles, on se demande quelle place vont prendre les robots et les technologies de l’automation dans la création artistique… Non seulement peuvent-ils intervenir au titre de nouveaux exécutants pour des tâches qui leurs sont déléguées (c’est le cas des robots-curateurs étudiés par Nicolas Thely à propos des musées), ou sont-ils capables de créer des hits ou des romans à la demande, mais encore deviennent-ils les partenaires d’acteurs faits de chair et d’os, leur donnant la réplique et jouant de leur regard pour créer des émotions et de l’empathie chez les spectateurs… On voit tout le potentiel de cette intrusion des robots dans les arts de la scène, interrogeant à nouveaux frais les notions à partir desquelles nous sommes habitués à qualifier et apprécier  le jeu d’acteurs… Cela étant, je reste raisonnablement optimiste quant à la pérennité des acteurs humains, après avoir revu ce week-end la série de Bruno Dumont – « P’tit Quiquin » – dont on voit mal quel robot pourrait égaler le talent de Bernard Pruvost, son humanité fatiguée, son phrasé décalé, ses répliques involontairement burlesques, ses tics de langage et de visage, bref, toutes ces imperfections bien humaines que les concepteurs de robots s’efforcent de dépasser, ignorant que l’humanité est attachante parce que perfectible…

Les robots vont-ils remplacer les artistes ?

24/11/2014 |
A la BBC, Artie le robot chantant (Capture d’écran)

Sur la BBC, un androïde interprète “Singin’ in the Rain”, pendant qu’au festival Automne en Normandie une troupe franco-japonaise donne le rôle principal à un robot. Après leur avoir piqué leur boulot dans les usines et bientôt dans les bureaux, les robots vont-ils chasser les humains des scènes ?

Les yeux mi-clos, le robot Artie, debout devant des invités hésitant entre la moquerie et la fascination, hoche la tête avec un air inspiré. Il y a quelques jours, sur le plateau de la BBC, il donnait son interprétation de Singin’ in the Rain. Sans être bluffant, le robot chante correctement, mais ne danse pas encore comme Gene Kelly.

Mis au point par la société britannique Engineered Arts, il fait partie de la gamme des RoboThespians conçus pour interagir avec les humains et les divertir. Ainsi, les yeux ont été particulièrement fignolés pour leur permettre d’exprimer des “émotions”. Ils chantent donc, et racontent même des blagues ! Une entreprise japonaise, voici quelques mois, avait elle aussi proposé son robot humoriste, répondant au nom de Kobian. Le procédé est balbutiant. Le Kobian en question se produit sur internet et son niveau humoristique dépasse à peine celui d’un gamin espiègle ou d’un ivrogne adepte de contrepèterie.

Kafka en cyborg

Plus subtil, le metteur en scène Oriza Hirata propose une adaptation de La Métamorphose de Kafka, dans laquelle Gregor se réveille, non pas transformé en cafard, mais en robot. Allongé dans son lit, au centre de la scène, le visage de ce qu’il faut bien appeler un robot-comédien est capable d’exprimer certaines émotions programmées, de rire, de sourire et, bien entendu, de déclamer ses répliques enregistrées.

Comme chez Kafka, cet androïde, pareil au cafard, interroge l’identité, la différence, etc. Souvenons-nous aussi du cas des robots-écrivains, déjà évoqués dans cette rubrique. Pathétique tentative. Mais tous ces robots-artistes représentent-ils les prémices d’une nouvelle histoire de l’art ?

Heureusement, si Artie, le robot chantant, n’a rien à envier à une Lara Fabian, il est encore loin, pour l’instant, d’égaler la profondeur artistique d’un Robert Plant ou d’un David Bowie, pour ne citer qu’eux. Mais les progrès techniques aidant, peut-être assisterons-nous bientôt au concert d’un robot incroyablement talentueux. Pleurerons-nous devant la magnifique interprétation de Cyrano d’un androïde au long nez ? Rirons-nous au stand-up d’un Kobian amélioré qui pointe maintenant si bien les déconvenues de la vie quotidienne ?

La vie d’artiste humain – c’est connu – compte bien trop de désespoir et de pénibles angoisses. On aura vite fait de nous débarrasser de cette tâche ingrate, comme on l’a fait du travail à l’usine. “Prenez l’art et divertissez-nous !” Alors, fatalement, c’est l’évidente conséquence, nous leur laisserons définir les nouvelles visions du monde. En découvrant l’art, les robots accrocheront à leur arc la dernière corde qui leur manquait : l’inutilité. Les rôles inversés, nous ne vaudrons pas mieux qu’une machine.

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